Intervention de Catherine Grèze – Dakar 2012
Le 31 mars 2012
Avant de commencer, je voudrais rappeler cette phrase :
« La femme a le droit de monter sur l’échafaud ;
elle doit avoir également celui de monter à la Tribune. »
C’est Olympe de Gouges, qui l’écrivait en 1791 dans la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Pourquoi rappeler cela en introduction ? Simplement pour rappeler combien ce sujet est juste, d’actualité ; aujourd’hui les femmes ont les mêmes devoirs que les hommes. Ce n’est pas le cas pour ce qui est des droits.
Certes, le temps où l’on considérait qu’une femme votait comme son père, puis comme son mari est derrière nous. Les droits des femmes concernant leur rôle dans la Cité a progressé (I). Pour autant, ce serait une grave erreur de penser que la légitimité même de la démarche est acquise dans les esprits. Pour beaucoup encore, la parité imposée par la loi reste un principe un peu radical, discutable, voire un avantage non justifié (« la femme est-elle là pour ses capacités ou parce que c’est une femme ? »). Ensuite, c’est une réalité qui peine à prendre effet. Les écologistes, femmes et hommes, ont une responsabilité, un rôle, dans ce combat pour le faire avancer (II).
I/ Des avancées sur le terrain de la loi
Bien sûr, la loi a marqué des avancées dans le monde entier. Savez-vous quel est le premier pays à avoir accordé durablement le droit de vote aux femmes ? C’est la Nouvelle-Zélande en 1893. En France il aura fallu attendre… 1944 et l’ordonnance d’Alger.
Par la suite, un progrès notable a eu lieu en France. C’est la parité. Avec une révision de la Constitutionnelle en 1999 et la loi sur la parité en 2000, l’aide publique aux partis devient modulée en fonction de leur respect de l’application de la parité pour la présentation des candidats aux élections. Certains partis (l’UMP) préfèrent pourtant payer des amendes plutôt que de présenter des femmes. Ou l’on présente les femmes sur des circonscriptions ingagnables. Pour autant, cette loi a permis de faire progresser les mentalités.
La place des femmes en politique progresse, mais elles restent cependant trop souvent cantonnées aux seconds rôles. Cécile Duflot disait, pendant les dernières élections cantonales : « Candidat au féminin, ça se dit suppléante ». Mettre en place des règles contraignantes est une avancée immense, mais il faut aller au-delà. Par exemple, la place des femmes dans les exécutifs, qui sont les vrais lieux de pouvoirs, reste trop souvent marginale.
(transition) Etre femme n’est ni un avantage ni un inconvénient. Les femmes ne demandent pas la Lune ; elles veulent simplement être reconnues comme des citoyennes et des politiques comme les autres, pour leurs qualités, pas pour leurs chromosomes. Pour cela, la lutte pour les droits des femmes doit continuer.
II/ Point d’étape de la lutte et perspectives
De la même manière qu’il faut des écologistes pour faire progresser l’écologie, il faut des femmes en politique pour faire progresser la cause des femmes. Même si le rôle des hommes est, en la matière, déterminant.
Notre objectif : la parité complète, pour une vraie démocratie genrée !
Il aura fallu attendre le XXe siècle pour voir l’égalité politique progresser. Auparavant, ce sont les droits civils qui étaient au cœur du combat pour l’égalité femmes-hommes : protection contre l’époux, reconnaissance d’un statut civil propre, droit à l’accès aux études, la formation, droit de vote et d’éligibilité… Avec la loi du 6 juin 2000, les femmes ont pris davantage de place dans les instances politiques, en particulier locales (conseils municipaux et régionaux). Mais il y a encore du boulot !
Je vais prendre l’exemple français :
Dans les conseils municipaux, les femmes représentent 35,8% des élu/es (élections de mars 2008), 48,3% des conseils régionaux (élections de 2010), mais elles n’accèdent que très peu aux vraies responsabilités (14,2% de maires au 31 décembre 2010 et une seule présidente de Région). Dans les conseils généraux, qui ne bénéficient pas du scrutin de liste, les résultats sont catastrophiques : 12,9% des conseillers généraux sont des femmes.
Et au sein du Parlement, 18,5% de femmes à l’Assemblée nationale et 21,8% au Sénat.
Or les femmes accèdent plus aux études supérieures que les hommes : elles ne sont donc pas moins aptes à exercer des responsabilités politiques de haut niveau.
Pour autant, ne boudons pas notre plaisir. En Finlande, en Islande, au Kosovo, en Lettonie, en Lituanie, à Malte, en Irlande, en Serbie, en Suisse, des femmes ont accédé à la fonction de chef de l’Etat et certaines sont toujours en place. Et dans 17 pays des femmes ont été chef de gouvernement ou le sont encore (Angela Merkel, même si on ne partage absolument pas ses idées).
Mais il est vrai qu’il existe de grands écarts pour la représentation des femmes en Europe. La Suède est championne toutes catégories avec 42 % de femmes au parlement, le Danemark, les Pays-Bas, la Finlande et l’Allemagne dépassant 30%. Au bas de l’échelle : le Portugal (13 %), l’Italie (12 %), la France (10,6 %) et la Grèce. L’accès à la démocratie locale reproduit à peu près les mêmes écarts : les femmes sont 41 % dans les conseils municipaux en Suède, 21 % en France et 3,6 % en Grèce.
Les femmes sont nettement sous représentées au niveau politique, à la fois au niveau local, national, mais aussi européen. Au sein des instances européennes, les femmes sont moins présentes dans les instances législatives, les structures administratives, en tant que commissaires européens, mais aussi dans les organisations patronales et syndicales, et à tous les niveaux de décisions politiques.
Les trois principaux postes européens sont occupés par des hommes: président du PE, du Conseil européen et de la Commission. En 2011, on comptait 33% de femmes commissaires pour 67% d’hommes. Au sein du Comité social et économique européen et le Comité des régions, 21 % des postes sont occupés par des femmes et 79% par des hommes.
Bien sûr, dans de nombreux pays dans le monde, les droits civils ne sont même pas acquis et sont souvent une première étape prioritaire. En résumé, si l’on devait faire un portrait-robot de la femme européenne, c’est sans conteste celui d’une femme qui a beaucoup gagné sur ses droits civils et politiques, mais qui doit encore se battre pour atteindre une véritable égalité avec les hommes. Et l’Européenne que je suis sais qu’il reste encore beaucoup à parcourir selon les pays.
Alors que faire ? Je suis favorable à la création d’un ministère de l’égalité femmes-hommes dans tous les pays. Ce n’est pas une mesure cosmétique. C’est une nécessité. C’est un (ou une!) ministre qui aura le poids nécessaire pour faire respecter l’égalité salariale dans l’entreprise (ou du moins réduire les écarts). C’est avec un ministère que l’on peut mettre en place ou protéger le droit à l’accès à l’IVG, ou encore l’accès à la contraception pour les jeunes filles. C’est encore avec un ministère que l’on pourra lutter efficacement contre les violences faites aux femmes, physiques et symboliques, conjugales, familiales, professionnelles ou quotidiennes. Un ministère, c’est la traduction concrète d’un message politique fort : c’est dire « nous allons donner les moyens pour que ça change ! ».
Ensuite, il existe un lien intime entre la juste représentation des femmes en politiques et la promotion de la diversité des opinions politiques. Dans le cas du scrutin uninominal, le deuxième tour est, la plupart du temps, le duel entre deux hommes blancs d’un certain âge, l’un socialiste, l’autre conservateur (c’est la raison pour laquelle les conseils généraux ont cette représentation). C’est ce que l’on peut appeler un scrutin « Golf » (Gentlemen Only, Ladies Forbidden).
Alors que dans un scrutin de liste (régionales, européennes), la parité est quasi parfaite, les opinions politiques sont bien représentées et l’on trouve également des personnes dites « de la diversité ». En somme, la proportionnelle donne une image beaucoup plus fidèle de la société.
La dernière piste qui, selon moi, doit être explorée afin de faire progresser la place des femmes en politique, c’est la réflexion autour d’un véritable statut de l’élu/e. Dans l’intérêt des femmes comme des hommes, ce statut permettrait à beaucoup de femmes de se libérer des appréhensions que le mandat peut receler : concilier le mandat avec la vie professionnelle et la vie personnelle.
En conclusion, une autre phrase, celle-là est issue du Manifeste pour une société écologique :
« A la violence de la domination masculine, (les écologistes préfèrent) l’égalité des femmes et des hommes dans tous les domaines »
Nous avons besoin des femmes en politique. Les écologistes le savent car ils ont eu la chance d’avoir Rachel Carson (Silent Spring), Wangari Mathai, aujourd’hui Marina Silva, etc… L’écologie politique ne serait pas aussi forte sans ses femmes. Les écologistes n’ont pas à rougir sur ce plan. Ils vont jusqu’à mettre en place une co-présidence du groupe au PE ! Mais de ce fait, ils tiennent une responsabilité : faire progresser les mentalités, au nord comme au sud de l’Europe.


















